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Hamdi a publié ce texte le 10/01/2011 à 01:43:17 |
Le zombie mit sa tête sur l'oreiller et s'endormit aussitôt. En songe, il vit Abraham sur le point d'égorger son fils, sur le mont Moriah. Il se réveilla en sursaut, le visage tout en sueur.
Al-khalil reçut, in extremis, l'ordre de sacrifier plutôt un bélier. Isaac épargné !
Mon père, lui, n'avait jamais égorgé le sien. C'était un boucher, un esclave affranchi, qui s'en chargeait souvent. Mon grand-père maternel, Bba, accomplissait lui-même ce rituel et ne le confiait à personne : un chevreau ou une chèvre ... très rarement un ovin. Bba était très pratiquant. Il ne ratait pas une seule prière à la mosquée. Il devrait certainement trouver sa place au paradis. Il avait passé la grande partie de sa vie dans le noir. Une opération de la cataracte mal suivie. Hélas ! au crépuscule de sa vie, le vieil homme fut abandonné par les siens. Je me rappelle bien cette scène macabre : bba transporté vers sa dernière demeure sur une charrette tirée par un équidé. Aujourd'hui encore, on ignore l'emplacement exact de sa sépulture.
Ma famille, celle de ma mère comprise, vécut pendant un moment à Ifni. A cette époque, on avait du mal à joindre les deux bouts. Quand Mma n'avait plus le sou, c'était Big qui ramenait le pain de chez Chren ( le chinchard ? ), le boulanger du coin. Tantôt, il le négociait avec le petit homme à la peau basanée. Tantôt, il le volait.
Quelques années auparavant, on vivait à l'aise. Papa fut, pour une durée si courte, l'unique représentant des autorités dans une commune au sud de la ville des saints. Les zélateurs avançaient même qu'il était en contact direct avec le chef suprême des forces armées royales . En réalité, ce n'étaient là que les spéculations les plus folles des autochtones.
Une vingtaine d'années après un déménagement très discret de sa famille, le zombie revint sur les lieux de son enfance en compagnie de son frère aîné. Ce fut un samedi soir. Les deux frères se dirigèrent tout droit vers le cimetière.
Là, le zombie se recueillit sur la future tombe de son maître. Son maître n'était autre que son aîné, son compagnon de ce voyage nostalgique.. Ils avaient déjà conclu un marché par sms : " tu me cèdes Ifni comme dernière demeure, je te laisse Imi, mon pays natal ", lui disait le printemps.
Déambulant dans les venelles de la médina, le zombie fut frappé par une chose : pas âme qui vive ! " Cette partie inutile du Maroc fut, de tout temps, volontairement ignorée, voire marginalisée, par une monarchie très dure à l'encontre des tribus dissidentes ", lui rappela le printemps avant de regagner la cité des saints.
Déjà gamins, on entendait raconter une histoire : la restauration de ce misérable port est un signe avant coureur de l'apocalypse ! Ifni c'est l'anéantissement.
Chaque après- midi, Lay nous rendait visite et se taillait la part du lion du goûter que Mma nous préparait .
Il était une sorte de Duroy, quoi ! Peu avant le décès de Bba, il l'avait délesté de son unique lopin de terre.
De retour de l'ancienne enclave espagnole, sur la route d'Imi, le zombie aperçut un vieux couple à dos de chameaux.
C'étaient Abraham et Sara... paix et salut soient sur eux.
Sur la terrasse de sa villa sise quartier al-Qods, vêtu d'une djellaba impeccablement repassée, Lay était en train d'égorger un gros bélier cornu .
Un matin d’été, la ville se réveilla sur un drame. Un groupe de jeunes prit le contrôle du port pour deux jours. Le trafic portuaire fut bloqué. Sur le sable, des tonnes de crustacés et poissons. L'odeur était nauséabonde ! L’intervention du makhzen, chapeautée par le premier flic du royaume, fut des plus violentes.
Les mauvaises langues avançaient même que le roi surveillait, en personne, l’opération depuis un Q.G., établi sur les lieux à la hâte !. Au moment de l'embrasement du bourg, le zombie était debout contre le mur lézardé de l’ancienne église Santa -Cruz. Pendant une dizaine de jours, les élèves furent privés d’études, car leurs établissements étaient squattés par les forces de l’ordre. Les amis d’enfance du zombie, dont la plupart étaient des chômeurs, furent appréhendés et sauvagement tabassés.
Très loin de cette scène désolante, un troupeau de chèvres broutait allégrement l’herbe tendre, aux alentours du sanctuaire de Sidi Bou al-assrare. Un bambin était en train d'y piquer une somme modique, lorsqu’une vipère le mordit. Un loup s’arrêta un moment avant de continuer son chemin. Le canidé était pourtant très affamé ! Abraham s’approcha du garçon, mit sa main sur sa tête et hop ! celui-ci recouvra sa conscience.
Le printemps tenait en main le magazine Ichara : symbole, dirigé par le fils aîné du cheikh de la zaouïa de Madagh . A l’autre coin de la pièce, son cousin Houd lui préparait le thé dans les règles de l'art. En savourant des gorgées refroidies, le printemps lisait une enquête sur les événements du samedi noir.
Lay devint un adepte zélé de la tariqa. Chaque année, le disciple de l'ami de Dieu égorgeait un bélier, priait, jeûnait, invoquait et faisait le pèlerinage à Madagh.
Au collège, le zombie ne fut pas un parangon de discipline. Loin s'en faut ! En compagnie de deux amis, le fils d'un commerçant et celui de l'herboriste le plus fameux du bled, il faisait classe buissonnière en se réfugiant dans une grotte. Les trois déserteurs ne regagnaient la médina que pour piquer des poules.
Quelques années plus tard, le zombie devint un élève brillant : major de sa promotion, les années du lycée. Il poursuivra des études universitaires en littérature anglaise et sera enseignant de la langue de Molière. Très respecté certes, mais envié par ses collègues.
D'une simple municipalité rattachée à Tiznit, Ifni devint une province. Hélas ! le gouverneur fut incapable de réaliser le moindre aménagement ! D'autres créatures semblaient régner sur la ville : des djinns. Selon la légende, Ifni serait commandé depuis la nuit des temps, par un conseil de djinns, toutes confessions confondues : musulmans, chrétiens, juifs et même païens !
A force de côtoyer le printemps, Houd commença à s'initier à la lecture. A l'écriture ensuite. Il publia son premier poème qui fit tabac sur Facebook ! Il avait du mal à épeler ne serait-ce qu'une phrase, et le voilà poète et en français s'il vous plaît !
Lors de son dernier voyage à Madagh, Lay, trouva la mort dans un accident de circulation, sur l'autoroute reliant Agadir et Marrakech. L'homme ne roulait qu'à 70 km / h ! L'oncle du zombie fut enterré très loin de sa terre natale.
Sur haute instruction du nouveau préfet de la cité des saints, la dépouille de Bba fut transportée vers un sanctuaire bâti, comme il se doit, au milieu du cimetière de Sidi Ahmed al- chabaki.
Un matin glacial, le zombie se recueillit sur la tombe de son grand-père maternel avant d'enfourcher son cheval. Direction : le nord du pays.
Hamdi, Marrakech le 06-01-2011 à 02:23
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