« Sedna »
(pour les notes cf. à la fin de la nouvelle)
« L’existence de toutes choses est le fruit de notre humanité. Ces certitudes sont conditionnées par ce que l’on veut bien admettre. »
Eric Miriène, Philosophe du 22e siècle de l’ancien temps
Je fais parti des 20 milliards d’êtres humains peuplant la Lune, surnommée la cité-planète car sa surface est recouverte à 90% de constructions humaines quasiment toutes teintées en gris. Cette couleur vaut à la Lune un deuxième surnom: la cité grise. Je vis dans l’une des nombreuses tours de Lunéville, la capitale de la Lune. Je suis enseignant-chercheur en exo-biologie à l’académie universelle des sciences de Lunéville. Je ne suis pas un chercheur « solairement » reconnu. Je ne suis qu’un modeste scientifique attendant la découverte de sa vie. J’ai déjà presque 40 ans, et j’ai consacré mon âme à mes recherches. Ces recherches infructueuses m’ont coûté ma femme et mon gosse qui vivent aujourd’hui avec son nouveau mari sur Mars. Le destin a voulu que ce nouveau mari soit mon ancien meilleurs ami. Un bio-chimiste qui a récemment fait une découverte fabuleuse. Un composé chimique, surnommé la guélanne, se révélant être un puissant carburant. Elle pourrait nous permettre de dépasser les frontières de systèmes solaires. Ainsi, nous pourrions voyager dans l’ensemble de la galaxie. La vieille théorie de Guéla, un physicien datant d’avant le début de la conquête spatiale, avance l’idée qu’il est possible de créer un puit spatio-temporelle nous permettant ainsi de voyager dans l’espace. Cependant, jusqu’à récemment, aucune source d’énergie n'est assez puissantes pour créer ce puit. D’où l’importance de la guélanne.
- Jusqu’à ce jour, aucune forme de vie extra-terrestre n’a été décelée dans le système solaire…une étudiante du premier rang lève la main, oui, mademoiselle?
- Pourtant, des scientifiques scindociens ont trouvés des bactéries sur Titan, non?
-En effet vous avez raisons, ils en ont trouvé. Mais après des analyses génétiques approfondies, il s’avère qu’elle est en faite d’origine terrienne, probablement apporté par des sondes durant l’âge du pétrole et l’âge numérique. Cela ne fait aucuns doutes. Après de multiples mutations génétiques, elle a pu survivre dans cet environnement quelques peu hostile. Je vous rappèle, mes chères étudiantes et étudiants, qu’il fait près de…hum..150°C en dessous de zéro et que la faible lumière du Soleil déjà lointain n‘arrive presque pas a traversé l‘atmosphère opaque de Titan…Mais cette découvertes est quand même très importante. Elle nous renseigne sur deux fait: une preuve de plus que Darwin avait raison…mais ça on s’en doutait bien avant. Mais surtout, cette découverte nous a permit de prétendre qu’une vie extra-terrestre peut se développer, même dans des conditions extrêmes. Mesdemoiselles et monsieur, l’heure est passée et mon cours terminé.
Ils étaient déjà tous parti, hormis l’étudiante qui buvait littéralement mes paroles. C’est au moins une sur 500 de gagné…
- merci et à la semaine prochaine.
A la sortie de l’immense et majestueux amphithéâtre, deux hommes, portant des habits noirs ornés d’un emblème représentant un diamant, m’attende.
- Professeur Ennedaï Irunna?
- moi même…
- nous représentons la Solémina Corporation, nos dirigeants voudraient vous rencontrer au siège social à Déranne sur Europe
- vous êtes bien gentils messieurs, mais un j’ai du travail ici et deux avec quel argent je me rend là-bas?
Les deux hommes se regardent dans les yeux. L’un d’eux sort une enveloppe d’une poche intérieur et me la tend. Dans cette enveloppe, je trouve un aller-retour open Lunéville-Déranne en première classe ainsi qu’un chèque. Un chèque suffisamment important pour poser la question suivante:
- qui dois-je tuer pour encaisser ce chèque?
- personne, juste aller là-bas,que vous acceptiez ou non la mission qu’ils vont vous proposer. Vous aurez l’autre moitié quand vous serez sur place. Ne nous demandez pas les détails de la mission, nous n’en savons rien.
- heu…quand dois-je partir?
- après demain, il y a une place libre à 15H TU.
Après avoir embarquer, la navette de transit quitte la Lune pour aspatiliser sur le cargo-voile interstellaire. Cet énorme vaisseau, se déplaçant à l’aide des vents solaires, est situé en orbite lunastationnaire. Ce cargo majestueux est composé d’une immense voile métallique entourant le vaisseau, lui même des centaines de fois plus petit que la voile. L’immense voile reflète une panoplie de couleur, donnant une allure fantasmagorique au corgo-voile. Tel un essaim d’abeille, des centaines de navettes, minuscules par rapport à l’énormité du vaisseau, font des va-et-vient, apportant des passagers et des marchandises. Le cargo-voile est une mini-ville assurant les liaisons entre les différentes planètes habités et des cités astéroïditiques du système solaire. Cependant les voyages peuvent être longs, le vaisseau est donc composé d’une multitudes de commodités: on peut trouver des bureaux de tabac, des cinémas, des restaurants, des boutiques souvenirs…De plus, le vaisseau est assujettis à la détaxation. Mon voyage durera près de trois semaine. Je ne suis monté que deux fois dans ma vie dans l’un de ces vaisseaux, la première était pour venir sur Lune, pour mon nouveau poste. La deuxième pour aller sur Mars, le divorce.
Arriver à Europe, ce petit satellite fait face à la géante gazeuse, la voile interstellaire se place en orbite europastationnaire. Cette petite planète, de taille similaire à la Lune, est recouverte d’une épaisse couche de glace. Sous cette couche, on trouve un immense océan d’eau liquide. Cet océan souterrain peut subsister grâce aux puissantes forces de marée dues à la proximité de Jupiter. Les habitants ne vivent pas à la surface, mais sous la couche de glace dans d’immenses cités sous-marines. Elle fait parti des trois État-planète de Jupiter avec Ganymède et Calypso. Elle est aussi la moins peuplé, totalisant près de 800 millions d’âmes. Après la guerre d’indépendance de Ganymède et Calypso, une guerre explosa entre ces deux dernières pour le contrôle de Europe, avec ces importantes mines de sel et de fer, et Io , un planète inhabitable mais contenant les plus grandes mines de soufre du système solaire. Finalement, Europe accède aussi à l’indépendance et les mines de Io furent partager en trois parts égales. J’emprunte une navette me conduisant à Déranne en passant par un tunnel faisant la jonction entre la surface glacées et la ville sous-marine. A la sortie de la navette, une femme de la compagnie Solémina m’attend comme il était prévu.
Elle m’a mené dans une salle ronde aux murs de baies vitrés avec en son centre une grande table circulaire. Trois hommes et deux femmes sont assis à la table. Je prends place face à eux sur la seule chaise libre.
- Bonjour…
- Bonjour Pr.Irunna, comme promis voici le reste de la somme…
L’une des femmes me tend une enveloppe.
- je suppose que vous avez entendu parler de la guélanne?
- hum…ça oui…Trouvé et étudié en très petite quantité par le Professeur Saïd Odéon sur un astéroÏde venant probablement de la ceinture de Kuiper, voir du nuage de Oort. Mais, il n’a pas réussi à déceler son origine exact, ni à savoir où se trouve de plus grandes quantités, ni à la synthétiser…
- c’est exact Professeur, sauf que le Pr.Odéon a trouvé des traces de ce composé sur des planètes lointaines…
- je ne le savais pas….
- c’est normal, ce rapport est resté secret. Il a supposé que l’on peut trouvé ce composé sur Triton. Il a aussi émis l’hypothèse qu’il en existerait de plus grande quantité sur des planètes encore plus lointaines dans la ceinture de Kuiper. La Solémina a donc financé une expédition scientifique sur cette planète. Le but étant d’étudier la possibilité d’une extraction de guélanne.
- Et ainsi vos scientifiques, avec une plus grande quantité, pourront déterminer si la guélanne est une source d’énergie assez importante pour créer une puit spatio-temporel.
- Vous avez touts compris.
- Mais…pourquoi avez vous besoin de moi? Je vous rappelle que je ne suis q’un exo-biologiste…
- Et bien…nous avons perdu tous contact depuis trois semaines…
- Pourquoi vous n’envoyez pas l’armée?
- Nous tenons au caractère confidentiel de cette mission. Nous devrions vous montrer le dernier contact émit par le Pr.Odéon depuis Guélanna I.
Il presse un bouton. Derrière eux, un écran blanc descend du plafond. L’écran s’allume et l’image de Saïd apparaît. Son visage exprime un état névrotique. Ces yeux sont fatigués et il est mal rasé et décoiffé. Ces mots sont hésitants, montrant une anxiété ou plutôt une incompréhension.
« salut…ce message est destiné au Professeur Ennedaï Irunna…Je sais que…quelques différents nous opposent mon ami…mais ici sur Triton, nous avons…besoin de toi…je fais appel à toi, car…tu es la seule personne en qui je fais confiance…pour…nous aider…ou plutôt…comprendre…bye et à la prochaine »
Les dirigeants de la Solémina m’ont présenté la ravissante Sadia Dina. Une jeune femme à la peau métisse avec de long cheveu noir et épais couronné de grands yeux marrons. Elle est une pilote confirmée qui me mènera à Guélanna I sur Triton. Nous utiliserons une petite voile interstellaire pouvant transporter une dizaine de personne. La cargaison contient suffisamment de vivre pour tenir plusieurs années.
Le lendemain, nous avions déjà embarqué. Nous étions sur le point de quitter l’orbite de Jupiter pour nous propulser vers l’extérieur du système solaire. Les voiles métalliques du vaisseau se déplient, et nous prenons de la vitesse. Le voyage va durer près de trois mois. Cela va faire 7 ans que je n’ai pas connu de femme. Et pendant trois longs mois, je vais me retrouver seul avec Sadia, une très jolie fille…Je ne sais pas pourquoi j’ai dis « oui ». Pour la beauté de la pilote? Pour une expédition scientifique? Un peu des deux, mais certainement pas pour mon « ami ». Je ne comprends pas vraiment pourquoi il a fait appel à moi. A-t-il besoin de moi en tant que vieil ami à qui il a piqué sa femme ou en tant que exo-biologiste? Je verrais bien sur place. Durant notre voyage, nous sommes passé au côté du Dieu des océans romains, l’exceptionnelle Saturne. Avec ces gigantesques anneaux et sa couleur orangée, la splendeur de cette planète domine majestueusement le vide séparant Jupiter et Uranus. Sa grande taille lui confère une force gravitationnelle importante, donnant ainsi à la voile un regain de vitesse, nous élançant vers notre destination finale: Neptune. Pendant le trajet, j’ai vainement essayé de séduire la belle Sadia. En argot, nous pourrions affirmer avec une grande précision, que j’ai pris un nombre important de « vestes ». Puis plusieurs semaines après, nous arrivons autour de Neptune. Une planète d’un bleue quasi-uniforme et d’un diamètre presque quatre fois supérieur à celui de la Terre. Doucement, mais sûrement, le vaisseau se rapproche de Triton, ce satellite glacé est deux fois plus petit que la Lune. Triton est une planète étonnante. En plus de tourner dans le sens rétrograde, l’une des faces est grise, l’autre est blanche. De plus, cette petite planète est connu pour ces jaser de méthanes gelés dues à la proximité de la géante gazeuse Neptune. Les scientifiques pensent que cette planète est originaire de la ceinture de Kuiper. Et qu’elle a été capturée par la force gravitationnelle de Neptune. D’ici quelques millions d’années, ce petit astre congelé s’écrasera sur la géante gazeuse. Sadia place le vaisseau en orbite, les voiles se plient et elle amorce l’ atterrissage.
En douceur, le vaisseau se place sur une grande plaque métallique au côté de ceux utilisés par Odéon et son équipe. Après avoir enfilé les combinaisons, nous sortons à l’extérieur avec deux grandes caisses remplies de nourritures, de matériels divers et d‘affaires personnelles. La planète est teinte d’un blanc-bleu uniforme et est jalonnée de quelques reliefs peu élevés. L’atmosphère est ténue. Le ciel bleu-noir est dominé par le bleu de Neptune et par le Soleil lointain. Les capteurs météorologiques indiquent une température proche du zéro absolue. Au bout de la plaque métallique, nous trouvons une porte dont l’accès est contrôlé par un code de sécurité. Un code d’urgence nous a été donné par la compagnie. Après avoir passé la sas d’entré, les capteurs nous indiquent que l’atmosphère ambiante de la base souterraine est respirable, nous permettant d’ôter nos lourdes combinaisons. La base semble être abandonnée. La salle principale, le laboratoire et les chambres sont vides. La base est pourtant dans un bon état. Les niveaux d’humidité et d’oxygène sont normaux. Aucuns vêtements ou matériels ont disparus. Comme si les occupants étaient partis le jour même sans combinaisons, sans vaisseau, sans provisions…Arriver dans la serre, on trouve des plantations de chanvres, de tomates, de patates et autres légumes et céréales permettant leurs subsistances. Toutes les plantes semblent bien aller, elles ne sont pas desséchées. En plus d’avoir l’utilité de se nourrir en légume, la deuxième fonction de la serre est le renouvellement d’oxygène. Cette fonction est principalement occupée par les pieds de chanvres génétiquement modifiés. Au fond de la serre, nous trouvons un homme accroupis devant des pieds de tomates.
- Bonjour…je suis le Pr.Ennedaï Irunna et elle Sadia Dina. C’est la compagnie qui nous a contactés après un message envoyé par votre chef d’équipe, le Pr.Saïd Odéon. Le message m’était personnellement destiné, et Saïd, enfin le professeur, m’a demandé de me rendre sur Triton…
L’étrange homme se tourne vers moi. Il me fixe d’un air béat orné d’un grand sourire. Ces yeux dérivent à droite, puis à gauche. Puis son regard se tourne vers une belle tomate bien rouge qu’il caresse tendrement.
- hé! Heu, ouais…heu…dites-moi? Heu…vous aimez les tomates? Hein?
- je vous demande pardon?
- les tomates…moi…j’aime bien. Mais…quand…elles sont bien rouges et tendres…faut les arracher…et…heu..hein! Les manger…non?
- mais qui êtes vous?
- heu…Luca Farid…enfin…ouais je suis…le jardinier! Hein…
Sadia se tourne vers moi et se propose d’aller consulter le journal de bord.
Je commence à perdre patiente et je hausse le ton:
- mais bordel, que c’est-il passé ici?
- heu…tout est question…heu…hein…parfois sans réponses, ha ouais ça oui!
- êtes vous seul ici?
- cela dépend…ouais peut dépendre de la conception…heu…de la réalité…et…heu…de la notion de…l’existence…hein!
Je m’accroupis face à lui et lui demande plus calmement:
- où est passé votre chef d’équipe, le Pr. Saïd Odéon?
- heu, ça par exemple…c’est une question qui…heu…n’a pas ou peut-être…heu…plusieurs réponses…cela dépend…hein!
Je me relève. Visiblement, je n’obtiendrais rien de lui. Cela doit plusieurs mois qu’il doit être seul. Pour être simple, en argot on dirait qu’il a « péter les plombs ».
Dans la salle de réunion, je retrouve Sadia plongée dans la lecture du journal de bord tenu par le professeur.
- je pense que nous pouvons sans aucunes gênes s’installé dans n’importe qu’elle chambre…hormis le jardiniers déboulonné, nous sommes totalement seul. Il n’y a pas de traces de cadavres ou de sang.
- le journal vous apporte des informations intéressantes?
- non pas vraiment, le dernier rapport a été écrit 1 semaine avant le message du professeur. Le reste des pages a visiblement été déchirées…mais vous devriez le lire, il parle des expériences faites avec la guélanne trouvée sur place. Je pense que vous seriez plus apte que moi à comprendre certains éléments.
Elle me tend le journal et part s’installer dans une chambre après un bref hochement de tête. Après avoir installé mes affaires dans ma chambres, je me lance dans la lecture du journal de bord. Cela faisait trois mois standards que la mission sur Triton avait commencer avant l’étrange disparition. L’équipe d’Odéon était constituée de neuf personnes. Nous en avons retrouvé qu’une seule. Aucun fait écrit dans son journal n’est anormal. Je ne trouve que les expériences scientifiques menées par l’équipe d’Odéon. Aussi il dit que sur Triton, la guélanne est présente partout. Il rajoute que l’une des propriétés particulières de ce composé est sa transparence totale. Seul une lumière noire permet de révéler sa présence. Elle ressemble plus au moins à une gélatine. L’un de ces rapports donne la formule chimique de la guélanne. Elle est essentiellement composée de carbone, d’azote et de nickel. La présence de métal est étonnante. Leur étrange disparition est liée à la guélanne? A-t-elle des fonctions neuro-psychologiques particulières? Va savoir. Après de longues heures de lecture, je m’endors sur le bureau. Puis une main se pose sur mon épaule, je me retourne et je trouve Sadia. Elle me fixe d’un regard étrangement intense. Sans dire le moindre mot, elle commence à ôter ces habits. Je me lève, je commence à la serrer dans mes bras. Pendant un long moment, nous nous enlaçons amoureusement sans passer à l’acte. A mon réveil, ma tête est lâchement posée sur le journal. Je décide de me lever et de me diriger dans le laboratoire. Le journal indique que l’équipe d’Odéon a récupéré près de 2 kg de guélanne. En effet, dans le laboratoire, je trouve une cuve, semblant être vide, hermétiquement fermée supposée contenir le composé. En effet en passant une lumière noire devant la cuve, une couche de gélatine bleutée recouvre le fond de la boîte. Mais après l’avoir pesée, je n’en trouve que 200g. Où est passé le reste? Sadia me rejoins au laboratoire. Cela me fait penser au rêve de cette nuit. Mais depuis mon divorce, mes rêves érotiques sont très nombreux, surtout avec les belles étudiantes…Et la jeunesse et la beauté de Sadia m’a tant ébloui…
- Avez vous fait des découvertes intéressantes Professeur?
Je lui explique l’anomalie trouvée entre le poids réel de la guélanne et celui indiqué sur le journal. Aussi, je lui donne mon hypothèse sur les éventuelles fonctions neuro-psychologique de la guélanne. Ceci pourrait expliquer en partie la folie du jardinier. Elle ajoute, qu’il est resté dans le jardin. Nous décidons de revenir le voir, pour essayer dans savoir plus. Arriver dans la serre, le jardinier a l’air aussi ahuri que la veille.
- Farid?
- les pieds de chanvre adorent la lumière…heu…il faut…ouais…toujours veillé qu’ils…heu…n’en manquent pas…hein!
- vous connaissez le professeur Odéon, n’est-ce pas?
- heu…bien…hein! Je crois bien que oui…ceci est bien…ouais ouais…une question avec…heu…une réponse! Hein!
- bien. Et savez où est-il passé?
- hum…réponse bien simple…ou…je ne sais pas le fond de la réponse…
- plus clairement?
- parti!
- parti?
- parti!
- et le reste de l’équipe?
- aussi! Tous! Tous partis!
- Où?
- heu…ouais ouais…ça par exemple…ceci…est…une question…avec…heu…bien beaucoup de réponses…heu…réelles ou non…
- Sadia? Peut tu aller me chercher la lumière noire, j’aimerais vérifier un soupçon…
Après le retour de Sadia, j’allume la lumière noire. Mes soupçons sont fondés: toutes les plantations de la serre son recouvertes d’une fine couche de gélatine bleutée. Toute l’équipe a due en manger…Il est même possible que de fines particules de guélanne se trouvent dans l’air que l’on respire. Pendant les jours suivants, j’analyse la guélanne prélevée par Odéon au laboratoire. Selon l’étude d’Odéon, la puissance énergétique d’une supernova n’est pas suffisante pour donner naissance à la guélanne. Dans son étude, il émet l’hypothèse qu’elle a été créer peu de temps après le big-bang. Pendant les nuits, Sadia réapparaît dans mes rêves. A chaque fois, nous nous étreignons comme deux adolescents…Dans ces songes, elle me fixent toujours d’un regard étrangement intense. Nous ne prononçons pas un seul mot. Puis pendant cette dernière nuit, je me suis réveillé. Je suis allongé sur le lit, entièrement nu, la tête dans le sens inverse. En me levant, ma tête tourne comme les lendemains de soirées longues et festives. Je m’habille et sors de ma chambre. Sadia doit encore dormir. Farid doit être dans son jardin, je l’imagine en train de contempler ces plantations. Je me rend compte que cela fait un long moment que je n’ai pas réellement vue Sadia et Farid. Je me conduit vers la salle d’eau. Je prend une longue douche. En sortant, la vapeur d’eau a emplit la pièce. Je me rince le visage. La vapeur d’eau s’est condensé sur le miroir, mais je remarque nettement des traces…
« Sedna »
Sedna? Qu’est que cela veut dire? La porte de la salle de bain s’ouvre…Ma respiration s’accélère, mon cœur s’emballe. Je sors précipitamment de la salle d’eau. J’entend un ronflement lointain siffloter à mes oreilles. Une étrange mélodie répétitive ressemblant à une sirène ou à…un chant? En tendant plus l’oreille, je perçois cette douce mélodie apaisante…Puis Sadia réapparaît. Elle est devant moi, elle me dévisage comme dans mes rêves. Elle est nue. Elle me fait un sourire, et me propose d’un signe de la main de la suivre. Oui…Sadia…j’arrive…Nous arrivons dans la salle principale. Elle se couche sur la table. Elle se mord les lèvres avec le plus grand de ces sourires…Je commence à me déshabiller, je ferme les yeux et je lui fait l’amour…En réouvrant les yeux, je découvre Saïd Odéon, mon ancien ami. Tel un espion de mauvaise augure, il admire notre étreinte amoureuse. Je stoppe net l’acte. Je commence à devenir rouge de colère, je hurle qu’il essaie une fois de plus de me trahir. Sans dire un mot, il me regarde avec un sourire idiot. Je lance sur lui tous les objets à porter de main. Tous les projectiles le traversent. Le dernier objet que j’allais lancer est la lumière noire…Au lieu de stupidement la catapulter sur l’apparition de Saïd, j’allume la lampe et la dirige vers Saïd. Son corp est bleuté, comme celui de Sadia…Alors les étreintes avec elle n’étaient pas des rêves. Ce n’est ni Sadia, ni Saïd, mais c’est cette « chose »…la guélanne n’est pas un simple composé chimique, mais organique…Voilà pourquoi Saïd a fait appel à moi. C’est une vie extra-terrestre. Mais jusqu’à maintenant, je ne pouvais le reconnaître en tant que tel. Car cette « chose » ne correspond pas à la vie telle que l’être humain l’a défini.
Je comprend maintenant ce que voulait dire Farid.
Elle ne correspond pas à la notion de l’existence conçue par l’être humain.
Elle existe sans être ou elle est sans exister.
Elle pense, mais elle n’est pas au sens propre du terme.
Un lointain souvenir me revient à l’esprit…Sedna est une petite planète lointaine dans la ceinture de Kuiper. Elle est un bout de roche congelé de 1600 km. C’est un indice laisser par Saïd (le vrai) pour me guider. En toute hâte, je me conduit vers la chambre de Sadia. Sa porte est fermée à clefs. D’un coup d’épaule, je casse la porte et rentre dans la chambre. Sadia est assise par terre les genou entre ces bras. Elle a la respiration haletante, elle a l’air terrorisé…
- Professeur…je ne…comprends rien…j’ai…tellement…peur
Face à elle, un jeune homme est pendue au plafond.
- au mon dieu…ne le regarde pas. J’ai compris, ce n’est qu’une vision, ce n’est pas vrai!
- c’est Douma…
- Douma?
- il s’est suicidé il y a plusieurs années…je..je…
Je la serre dans mes bras et je la sors. Je lui dis que nous devons partir au plus vite sur Sedna pour comprendre. Je lui explique ma théorie. Elle commence à reprendre ces esprits. Nous nous dirigeons vers la serre. Arriver à destination, on trouve Farid étendue par terre. Il s’est coupé les veines. Il n’a plus sue contrôler les visions et il s’est donner la mort. Nous prenons en vitesse toute nos affaires, nous mettons nos combinaisons, nous sortons de la base et nous faisons décoller le vaisseau.
Nous allons à Sedna.
Comprendre qu’est ce que la guélanne, c’est remettre en cause notre notion de la réalité et de l’existence. Le voyage va durer plusieurs mois. En effet, ce petit bout de glace est située à près de 14 millions de kilomètre du Soleil. Cette expédition ne m’a pas permit de comprendre la nature exacte de la guélanne. Il n’y a d’ailleurs rien à comprendre. Seulement à remettre en cause les fondements même de la notion d’existence que l’on m’a inculqué durant mon éducation. Cette expédition n’est pas scientifique. Mais philosophique. Elle remet en cause les préceptes de la science et de la raison. La guélanne n’existe pas dans le concept humain. Elle n’est pas au sens « être » du mot. En fait, aucun mots du vocabulaire humain ne peut expliquer la guélanne. Le mot « guélanne », ou « chose » est d’ailleurs inapplicable. On ne l’appelle pas, puisqu’elle n’est pas dans un sens purement humain. Arriver près de Sedna, le Soleil n’est plus qu’un petit point lumineux parmi les milliards d’étoiles peuplant la voix lactée. Ce minuscule astre si sombre, signifiant rien de loin, représente pourtant l’ antinomique de le pensée et de la raison humaine. Le vaisseau se place en orbite de Sedna. Après s’être retrouver du côtés de la face caché, nous apercevons un anneau bleuté lumineux incrusté dans l’astre. Cela ressemble à une porte…
Est-ce le puit spatio-temporelle de Guéla?
Que devons nous faire?
Nous pouvons repartir, s’en fuire vers l’humanité. Nous pouvons dire que l’on n’a rien vu. De toute manière, personne nous croirait. Nous pouvons retourner à nos vie paisible. Sadia pourrait continuer à pleurer la mort de son amant. Moi, retourner à ma fac, rester le minable chercheur, loin de son enfant, loin de la femme que j’aime et rêver de mes étudiantes la nuit.
Nous pourrions.
Mais nous pourrions aussi passer cette porte lumineuse. Cela pourrait nous offrir, ou nous ôter, un destin qu’il nous est impossible de juger ou connaître.
Le Soleil chaud de Vénus illumine un grand ciel bleu. Notre enfant a tout juste 2 semaines. Moi et ma femme vivons dans un pavillon d’une petite ville nommée Edrida. Cette petite bourgade loin de la capitale vénusienne, Vénéra, compte tout juste 50 milles habitants. Elle est proche du désert, surnommé « la morta » à cause des très hautes températures. Je suis un simple enseignant dans un lycée. Aujourd’hui, j’ai reçu une lettre venant de l’université de Lunéville. Cette faculté me propose un poste permanent en tant que enseignant-chercheur. J’ai jeté la lettre à la poubelle. Je n’aime pas les immenses mégalopoles lunaires. Elle ne conviendrait ni à moi ni à ma famille. Je préfère bien plus le calme vénusien. En me dirigeant vers la salle d’eau, je croise ma femme tenant dans les bras notre enfant. Je les embrasse tous les deux. Après avoir pris ma douche, la vapeur d’eau s’est condensé sur le miroir. Et je remarque nettement des traces…
« Sedna »
Nicolas Hamoneau
Note:
habitants de la mégalopole de Scindo, la plus grandes villes de Mars. Elle est la 3ième plus grande ville du système solaire après Gany-prime (sur Ganymède) et Lunéville.