Quelques millimètres. Un infime espace. Je retarde le moment ultime, savourant cet instant où le temps semble suspendre son vol. Les odeurs s’entremêlent. Je m’enivre, m’essouffle et m’exalte. Douce volupté, tu viens trouver ton repos sur ces lèvres, hâtant mon ivresse, embrasant mes sens pour que, par ta loi, nos souffles viennent à s’enlacer. Toi, que la création a voulu muet, sous ton alcôve siègent aveux et prières, promesse d’un bonheur divin, gracieusement accordé aux simples mortels que nous sommes. Tour à tour tu te fais sauvage, tendre, désespéré, brûlant, pour répondre aux mille sentiments qui se font et se défont sous ton aile. Tendre messager du cœur, tu es à la fois le disciple de l’amour et le maître du désir. Des timides émois jusqu’aux passions orageuses, tu sacres cet instant où l’éternité semble s’offrir à des êtres promis à l’éphémère. Miracle sur une terre conquise par tes ennemis, tu réussis là où les plus grands ont échoué. Unir les êtres, le temps d’un instant, une seconde…un baiser.
Et moi, simple mortel, homme parmi les hommes, je succombe délicieusement à ton appel et vais récolter le fruit de ta grâce sur les lèvres de ma bien-aimée.