Toi qui passes et me lis sans rien savoir
Des mots jetés au bourreau des pensées,
Tués là, sans pitié sous l’encre noire,
Quand la nuit se joue de mon âme dépecée…
Toi qui me lis comme pour passer le temps,
Sais tu combien ma main tremble pourtant,
La plume trop serrée comme une béquille,
Trébuchant sur le vide d’une vie tranquille…
Moi vois-tu, par amour j’aurai fait rejaillir,
La vie des flammes qui rongent la tendresse,
Toi qui me lis sens-tu ma plume défaillir
En heurtant ce qui reste dans la détresse…
J’ai pour horizon une plaine de tournesols,
Cherchant le soleil dans un ciel voilé,
Que le destin oblige à contempler le sol,
Si seulement c’était dans un champ de blé…
Un instant d’oiseau posé sur ton regard,
Les ailes déployées sur des rêves blessants,
La vie endormie dans des vers qui s’égarent,
Sans bagages, sans rien, que l’espoir vieillissant…
Vivre en paix, ignorant avec la force de la mer,
Tout ce qui veut ronger cet atoll où je survis,
Mes mots sont souvent de poussières amères,
Mais aussi longtemps que j’écris, je vis…