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Precepte a publié ce texte le 04/02/2010 à 00:03:10 |
Je te connais d'un été où l'on pouvait rêver le goût, l'âpreté qu'aurait nos lendemains ;
A cette époque perdue figurante et lascive sur des photos ternies par l'usure du regret,
Le chant des possibles hantait sa partition sous l'égide bienfaisante d'une glorieuse épopée,
Une existence grandiose dont la seule reddition serait celle de mon souffle, coupé par ta main dans un jeu d'amant,
Avec pour seuls maîtres deux circonflexes fins, symétriques et rouges qui bougent, s'ouvrent et susurrent des mots.
J'aurais pu emprunter le chemin bordé de statues insolentes et nues qui mène à tes baisers,
Qui sait?
Qui suis-je?
Tu aurais pu mimée la rive de tes fusains tandis que je n'aurais jamais mené nulle part notre barque effilée, en prenant bien soin de te laisser flotter sans t'apprendre à nager;
Ah! Comme le printemps était éternellement lorsque parfois le vent, en plus de me prêter tes effluves satinée,
Taquinait mesquin les voilages écarlates que tu laissais bâiller le long de tes mollets
Les robes étaient à fleurs et les fleurs toutes tiennes;
Nous étions neufs au monde, offert aux pires caprices des soixante-dix années où l'on allait s'aimer.
J'avais déjà de la boue sur le fond de mes bottes parce que je m'enfonçais souvent en pleine forêt
Te choisir sans me hâter un des plus maladroits et des plus beaux bouquets.
Ainsi tout de même, l'hiver est tombé comme un pull en laine sur mes épaules voutées
Il fallait voir les feuilles pleuvoir des platanes mais je n'ai pas remarqué, j'étais occupé
Je cherchais dans l'art à te distancer, un subterfuge quelconque dominant mes pensées
Puisque tout cela n'arriverait pas, ma romance immense un piteux mensonge
Il me fallait vivre et même me régaler ; de Cannes à Deauville, de Sartre à Boris Vian,
Je me suis lancé dans le vol qualifié d'œuvres et grandes idées, je me suis pris à vivre
Imbécile heureux, à travers d'autres yeux, avec d'autres passés, dans le monde des livres.
C'est donc naturellement que je t'écris cette lettre, depuis mon art mineur avec mon air songeur
C'est sans flagornerie que je déclare ici que l'art, le vrai, la vie, c'est de partager ton nid.
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